22 janvier : journée franco-allemande-L'histoire d'un hymne "Göttingen"
Il y a des chansons qui sans le vouloir reflètent l'air du temps et deviennent l'hymne d'un tournant historique. Comme par exemple "Göttingen" de Barbara écrit en 1964, un an après la signature du traité de l'Elysée du 22 janvier 1963 qui achève de sceller l'amitié entre la France et l'Allemagne.

En 1967, Barbara revient à Göttingen en marge de l'enregistrement d'un album en allemand à Hambourg.
"Je pars donc pour Göttingen en ce mois de juillet 1964. Seule et déjà en colère d'avoir accepté d'aller chanter en Allemagne". Dans son livre de mémoires "Il était un piano noir...", Barbara consacre quatre pages à Göttingen et les premières lignes traduisent un enthousiasme plus que modéré.
La chanteuse ne l'évoque pas à cet endroit là du livre, mais son passé n'est certainement pas étranger à cette réticence. Enfant, la petite Monique Serf, né dans une famille juive à Paris, doit quitter la capitale en 1940 lorsque l'Allemagne envahit la France. La famille se réfugit en zone Sud non occupée. Lorsque les Nazis y pénètrent deux ans plus tard, les Serf se cachent jusqu'à la fin de la guerre pour échapper aux rafles contre les juifs.
Ce passé douloureux donne une force supplémentaire à la chanson de Barbara. Vingt ans après la fin de la guerre, les ressentiments sont loin d'avoir disparu et savoir les surmonter lorsqu'on a été victime mérite un hommage plus important encore, comme ces déportés qui très vite se sont engagé pour la réconciliation franco-allemande.
Mais que diable allait faire Barbara à Göttingen, cette petite ville universitaire de Basse-Saxe au centre de l'Allemagne? Un Allemand convaincu par le talent de la chanteuse qu'il a vue sur scène en France va tout faire pour la convaincre de se produire dans son théâtre. Hans-Günther Klein dirige le Kleines Theater à Göttingen.
Sur la façade de l'ancien Junges Theater, une plaque rappelle depuis novembre 2002 le passage de Barbara sur place.
Si Barbara n'arrive pas enthousiaste à Göttingen, les choses ne s'arrangent pas. Un piano droit trône sur la scène du théâtre. Hans-Günther Klein avait promis un piano à queue. La chanteuse refuse de jouer. Depuis la veille les déménageurs de piano sont en grève...
"Herman, Helga, Peter et Hans" -pour citer la future chanson- vont sauver le concert. Des étudiants débarquent au théâtre. L'un d'eux connaît une vieille dame qui accepterait de prêter son piano à queue. Les jeunes gens remplacent les déménageurs en grève. Le spectacle qui devait commencer à 20 heures 30 a 90 minutes de retard.
"La soirée est magnifique. Günther prolonge mon contrat de huit jours", écrit Barbara dans ses mémoires. Le lendemain, Herman, Helga, Peter et Hans lui font visiter la maison des frères Grimm. Dans le texte de la chanson, Barbara écrira:
"Et que personne ne s'offense,
Mais les contes de notre enfance,
"Il était une fois" commence,
A Göttingen."

Göttingen compte une rue Barbara depuis 2002. (Pour la petite histoire, RFI avait fait le déplacement pour l'inauguration)
"C'est dans le petit jardin contingu au théâtre que j'ai gribouillé "Göttingen", le derner après-midi de mon séjour. Le dernier soir, tout en m'excusant, j'en ai lu et chanté les paroles sur une musique inachevée", écrit Barbara dans ses mémoires. Le public d'après un témoin est très ému. La chanson figurera sur l'album suivant de l'artiste. Dans son livre, elle résume : "Je dois donc cette chanson à l'insistance têtue de Günther Klein, à dix étudiants, à une vieille dame compatissante, à la blondeur des petits enfants de Göttingen, à un profond désir de réconciliation, mais non d'oubli. Comme toujours, je dois aussi cette chanson au public, en l'occurence le merveilleux public du Junges Theater".
Barbara en 1968 interprète "Göttingen":
www.dailymotion.com/video/x1ae08_barbara-gottingen_music
Tout le monde n'est pas emballé en France par la chanson. Vingt ans après la fin de la guerre, il est pour certains trop tôt. Il n'empêche, le texte devient l'hymne de la réconciliation franco-allemande, toujours aussi émouvant aujourd'hui. De nombreux artistes l'interpréteront, en français et dans d'autres langues comme le suédois ou le japonais.

Barbara aussi. Trois ans après son séjour à Göttingen, la chanteuse est à Hambourg où elle enregistre un album en allemand "Barbara singt Barbara". "Göttingen" bien sûr figure sur ce disque.
www.dailymotion.com/video/x1fjdv_gottingen_music
Barbara rend visite à Göttingen à l'occasion de cet enregistrement à Hambourg et donne à nouveau un concert dans la petite ville. La chanteuse ne s'y reproduira plus, malgré les efforts de la ville. En 1988, Barbara reçoit la médaille d'honneur de Göttingen. En 2002, une plaque est apposée sur la façade l'ancien Junges Theater. En 2007, un rosier "Hommage à Barbara" est planté dans le jardin où la chanteuse à écrit "Göttingen". Depuis sa mort, dix ans plus tôt, la ville allemande fait déposer chaque année une gerbe sur la tombe de la chanteuse.
Barbara reçoit en 1988 le "Bundesverdienstkreuz", la plus haute distinction allemande pour ses mérites dans la réconciliation entre la France et l'Allemagne. En 2001, la poste allemande sort un timbre hommage à la chanteuse.
Lors des célébrations du quarantième anniversaire du traité de l'Elysée en 2003, le chancelier Schröder cite quelques lignes de la chanson. Une idée que sa conseillère pour les relations franco-allemandes la Française Brigitte Sauzay lui a sans doute soufflé. Quelques mois plus tôt, "Göttingen" a été inscrit aux programmes officiels des classes de primaire.
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En quelques mots
Plus grand pays européen, poids lourd en matière économique comme sur la scène diplomatique internationale, l’Allemagne est un pays qui compte en Europe et dans le monde. Mais la réalité au quotidien de ce pays reste encore trop souvent méconnue voire ignorée.
Au-delà de la grande actualité dont nous vous rendons compte à l’antenne, ce blog se veut un outil pour vous permettre de découvrir ce pays, sa société et ses habitants.
L’auteur
Pascal Thibaut est le correspondant de RFI à Berlin depuis 1997.
Contact: rfi@snafu.de
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